Un Product Manager doit savoir dire non (encore)

Catégorie :

Au fil des meetups auxquels Florence Arnal (ISEP 1992) a pu assister ces derniĂšres semaines, elle se rend compte que son article reste totalement d’actualitĂ©. D’ou cette réédition.

Florence Arnal Florence Arnal (ISEP 1992)

Cloud Marketplace and Cybersecurity Product Manager chez WALLIX group

Voila quelques annĂ©es, j’avais Ă©crit cet article. Au fil des meetups auxquels j’ai pu assister ces derniĂšres semaines, je me rends compte que cet article reste totalement d’actualitĂ©. D’ou cette réédition.

Tout commentaire est le bienvenu. Si l’article vous a plu, n’hĂ©sitez pas Ă  le partager et/ou me contacter.
Lire l’article en ligne

*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*

Si vous ĂȘtes en train de construire un nouveau produit, vous devez savoir dire non, pas “peut ĂȘtre” ou “plus tard”, le seul mot est “non”. Cela semble brutal mais construire un bon produit ne consiste pas en une accumulation de fonctionnalitĂ©s vaguement utiles ou indirectement liĂ©es. Il s’agit de dĂ©finir un produit cohĂ©rent en suivant un cap fixe et des lignes directrices fortes.

Ps: 1/ Naturellement, dire “non” doit se justifier. 2/ On a aussi le droit de dire “oui” de temps en temps 🙂

Pourtant, il y a tant de bonnes raisons de dire oui Ă  une demande, alors que vous sentez au fond de vous qu’il vous faudrait dire non
 Par exemple, lorsque votre produit se fait connaitre, vous allez ĂȘtre submergĂ© par de nouvelles idĂ©es de vos clients, prospects ou collĂšgues. Parce que ce sont de bonnes idĂ©es dans l’absolu, vous allez surement ĂȘtre tentĂ© de dire oui.

Pour apprendre à résister, il faut savoir reconnaßtre les arguments couramment utilisés comme justificatif. En voici une petite dizaine


Les données clients semblent bonnes

Nous avons essayĂ© cette fonction avec un petit groupe et les retours dĂ©passent nos espĂ©rances“. Souvent cette approche souffre d’une analyse sĂ©lective des donnĂ©es. Les produits sont des systĂšmes complexes. Ce qui semble ĂȘtre une augmentation de l’engagement des clients pourrait se retourner contre vous. Vous devez vous demander si la demande est en ligne avec votre vision du produit et de son dessein.

Ca ne prendra que quelques minutes à développer

Tout d’abord, la charge de travail ne doit jamais ĂȘtre une raison d’inclure une nouvelle fonctionnalitĂ© dans un produit. Si l’idĂ©e mĂ©rite d’apparaĂźtre dans la Roadmap, elle doit l’ĂȘtre indĂ©pendamment de la charge de travail. De plus, ne vous laissez pas piĂ©ger : il n’y a pas de petits changements. Toutes les modifications ont un coĂ»t et certaines (parfois mĂȘme les plus petites d’entre elles) peuvent ajouter une complexitĂ© cachĂ©e non anticipĂ©e dans l’estimation initiale des “quelques minutes”.

Le client est prĂšs de nous lĂącher

Ceci semble avoir toutes les caractĂ©ristiques du chantage, non ? Seuls quelques clients trĂšs importants peuvent avoir autant de poids qu’un bon produit. Avant de cĂ©der Ă  cet argument, assurez vous que la menace est rĂ©elle et sĂ©rieuse et que votre client est prĂȘt Ă  s’engager avec vous sur l’achat du produit qu’il demande ou sur le financement d’une partie au moins de ses dĂ©veloppements spĂ©cifiques s’ils sont en dehors de votre roadmap. Sinon, faite tout pour Ă©viter de crĂ©er de la valeur supplĂ©mentaire pour un seul client au dĂ©triment de tous les autres.

Nous pouvons simplement rendre la fonctionnalité optionnelle

Cet argument traduit souvent le manque de confiance du demandeur dans la pertinence de sa fonctionnalitĂ©. GĂ©nĂ©raliser cette approche conduit Ă  la fragilisation de votre produit par la multitude des prĂ©fĂ©rences et options. Abuser des fonctions optionnelles conduit de plus Ă  une sur-complexitĂ© de l’interface utilisateur et Ă  des surcoĂ»ts de conception et de cas de tests pour assurer toutes les combinatoires. Avec en coĂ»t cachĂ©, une augmentation de la complexitĂ© de votre produit, qu’il faudra gĂ©rer dans le long terme.

On m’a dit que


Ceci est monnaie courante dans les sociĂ©tĂ©s qui ne peuvent dĂ©cider un cap Ă  leur produit. DĂ©river des conclusions Ă  partir d’un petit Ă©chantillon de donnĂ©es ou d’opinions est un moyen facile de contourner une analyse rĂ©elle (ou de s’autoriser Ă  ne pas en faire) par une dĂ©claration qui semble raisonnable. Dire “la compagnie Untel utilise la fonctionnalitĂ© ABC du produit XYZ” est une façon de pousser la demande en contournant les questions telles que: Que sait faire notre produit ? La compagnie Untel est-elle une bonne cible client ? Utilisent-ils vraiment la fonction ? Est-ce la bonne rĂ©ponse aux demandes de nos clients ? Est-ce en phase avec la vision / le cap du produit ?

Cela pourrait ĂȘtre la fonction

Ceci est un “appel Ă  l’inconnu” classique. Faire Ă©voluer un produit nĂ©cessite des prises de dĂ©cisions difficiles. Ne tombez pas dans la spĂ©culation. Lorsque vous avez peur de prendre des dĂ©cisions difficiles basĂ©es sur des informations structurĂ©es, vous retombez sur l’appel Ă  l’inconnu et donc le dĂ©veloppement de tout et n’importe quoi. Vous vous retrouvez avec une accumulation de fonctionnalitĂ©s, pas un produit.

Et quand vous deciderez d’une modification plus importante de votre produit (par exemple, une cure de jeunesse technologique, un passage en offre cloud, un changement de business model), vous vous retrouverez “coincĂ©” avec une tonne de petites features dont vous aurez oubliĂ© le pourquoi.

Nous n’avons rien d’autre de prĂ©vu

Le problĂšme se pose quand un manager voit un ou plusieurs dĂ©veloppeurs semblant en sous-charge de travail et se prĂ©cipite au travers une nouvelle fonctionnalitĂ© Ă  les “garder occupĂ©s”. Ces dĂ©cisions sont prĂ©cipitĂ©es pour Ă©viter les temps morts et naturellement une mauvaise façon d’amĂ©liorer un produit. Les temps d’inactivitĂ© peuvent ĂȘtre mis Ă  profit pour fixer les problĂšmes ou corriger de la documentation plutĂŽt que de pervertir une vision produit seulement pour garder une Ă©quipe en production.

Nos concurrents l’ont dĂ©jĂ 

Cela ne veut pas toujours dire que c’est une bonne idĂ©e pour votre entreprise. Cette fonction marche-t-elle si bien, permet-elle de vendre plus ? Et si vos concurrents Ă©taient en train de la sortir de leur offre ou la considĂ©raient comme un simple essai. Ne vous sous-estimez pas. Il est faux de croire que vos concurrents sont plus intelligents ou plus stratĂšges que vous. Etre obsĂ©dĂ© par les concurrents vous relĂšgue Ă  livrer la technologie d’hier
 demain.

Le patron la veut vraiment

Un des arguments les plus difficiles Ă  repousser lorsque vous ĂȘtes persuadĂ© que c’est une mauvaise idĂ©e… Essayez d’engager l’argumentation avec votre patron mais Ă  vous de savoir Ă©valuer le risque que vous prenez en allant Ă  l’encontre d’une dĂ©cision qui vous dĂ©passe sur le plan hiĂ©rarchique. Certains le feront, d’autre pas. C’est vous qui voyez
 mais le mieux est peut-ĂȘtre de choisir un boss sait tenir un cap et qui comprend le Product Management, non ?

Sources of inspiration: Steven Haines (Sequent Learning Networks) et Des Traynor (Intercom)