Quand « ingénieur » doit plus tenir du génie que de l’engin « Je gérais une société de 20 développeurs. Je les ai tous virés, et je produis encore plus avec juste des agents IA, c’est une vraie réussite ». C’est ce que nous pouvons entendre ou lire ici et là. Pour des raisons principalement conjoncturelles, le chômage en France a atteint, au 4e trimestre 2025, son plus haut sommet depuis 2021. Les jeunes sont particulièrement touchés, mais on constate également une légère augmentation du chômage de longue durée chez les seniors. Dans le numérique, plus spécifiquement, c’est la question de l’impact de l’IA sur le travail et l’emploi qui a animé la toile et les débats. Les ESN sont touchées, tout comme les freelances, et le domaine du développement logiciel vit des moments difficiles. Face à cela, aujourd’hui, on nous promet que n’importe qui peut être chef d’entreprise dans le numérique, facilement, sans rien y connaître et sans embaucher personnes, et avec un chiffre d’affaire et une rentabilité dans un temps record (mieux qu’un influenceur!). Rien de surprenant, donc, de voir proliférer des sociétés unipersonnelles qui produisent en quelques semaines des services numériques en utilisant l’IA. Or, choisir de créer sa société unipersonnelle, notamment pour un jeune, au-delà de l’égo (tout le monde est désormais « CEO » sur LinkedIn), cela peut, en réalité, tenir d’une stratégie d’évitement : Eviter de se confronter aux autres (vs les salariés qui se retrouvent sur leur lieu de travail), éviter de risquer de montrer certaines incompétences/méconnaissances (peur du regard de l’autre), éviter de devoir se conformer à certaines règles sociales et professionnelles. Je suis convaincu que, avec une si grande profusion d’offres, toutes ces sociétés unipersonnelles ne survivront pas, notamment parce qu’elles n’ont pas développé d’avantage concurrentiel : Pas de proposition de valeur véritablement unique et difficilement reproductible, ni de Propriété Intellectuelle, etc. Et cette expérience peut avoir également des impacts sur l’entrepreneur lui-même. Et si, en réalité, plutôt que de toujours vouloir résoudre tous les problèmes par une approche technologique, notre vraie vocation d’ingénieur était plutôt de remettre l’humain au cœur de l’équation ? Comment faire pour que notre société soit tout autant humaine que numérique? On parle de « réindustrialiser la France », mais cela ne pourra se faire en reproduisant les schémas classiques, face à la concurrence, et il faudra développer une nouvelle façon de penser. Et la souveraineté ne devrait-elle pas être autant inclusive sociétale que technologique ? Chez Isep Alumni, pour contribuer à cette réflexion, dans les prochains mois, nous allons lancer de nouvelles initiatives, avec des clubs, comme par exemple un « Club industrie », ou encore des événements thématiques tel que « Numérique & santé ». Si vous vous retrouvez dans cet édito, ou que vous souhaitez participer à ces réflexions, faites-vous connaître. Arnaud Lemoine (promo 95) Secrétaire général d’Isep Alumni |