| “L’avion est une machine, sans doute, mais quel instrument d’analyse ! Cet instrument nous a fait découvrir le vrai visage de la terre.” [Terre des Hommes – Antoine de Saint-Exupéry] Antoine de Saint-Exupéry écrivait ces lignes à la fin des années trente, mais Youri Gagarine aurait pu écrire la même chose un quart de siècle plus tard après avoir fait le tour de notre planète, le premier, à bord du vaisseau Vostok. A cette époque le regard que les cosmonautes soviétiques ou les astronautes américains portèrent sur la terre depuis leurs capsules fut rempli d’émerveillement et d’étonnement, et ils ramenèrent de leurs missions les premières photographies qui intéressèrent fortement les spécialistes des sciences de la terre: géologues, océanographes, forestiers, agronomes, etc. Maintenant, une cinquantaine d’années plus tard, nous disposons de toute une panoplie de satellites qui permettent de scruter notre planète dans ses moindres détails et d’en surveiller ainsi son environnement sur toute sa surface, c’est-à-dire non seulement les continents, mais aussi les océans, les montagnes, les déserts, les pôles sans oublier notre atmosphère. En Europe, la France est le pays qui a mené l’effort le plus important dans ce domaine avec le satellite SPOT dès 1986, suivi par la série des satellites Pléiades, auxquels il convient d’ajouter des missions scientifiques réalisées pour la plupart en coopération dans un cadre européen ou avec les Etats-Unis : Topex-Poseidon, Jason, Iasi, Doris, Grâce, etc. Ce sont autant d’outils mis dans un premier temps à la disposition des chercheurs puis, une fois les méthodes d’exploitation bien rodées, utilisés à des fins commerciales ou de services publics. Les satellites ne sont pas les seules technologies qui nous permettent de surveiller notre planète terre. De très nombreuses balises ou stations installées au sol et équipées d’instruments de plus en plus sophistiqués permettent de recueillir une quantité importante de mesures sur l’évolution de notre environnement. Et c’est ainsi que les scientifiques, après avoir recueilli des mesures depuis quelques décennies, peuvent observer les empreintes du changement climatique. Oui, nous le savons maintenant, les sociétés humaines sont menacées par les effets du réchauffement climatique. Ces périls, aux effets déjà perceptibles à l’échelle de la vie humaine, pourraient être catastrophiques pour les générations futures. Notre planète, devenue fragile et exiguë, voit ses ressources tant hydriques, minérales, énergétiques qu’agricoles s’amenuiser au prorata de la population qui, elle, s’accroît. Dans nos sociétés occidentales le consumérisme effréné continue à se développer de manière non durable et il ne peut être copié par l’ensemble de la population de la planète. Nous avons vécu dans nos sociétés de consommation des années d’abondance. Même si nous avons amorcé une prise de conscience de la dégradation environnementale de notre planète nous devons reconnaître que les mesures qui s’imposent pour inverser l’évolution actuelle ne sont pas prises, sinon de manière ponctuelle et donc très limitée. Dans l’histoire de l’humanité nous arrivons donc à une étape où des changements de mode de vie et l’apport de nouvelles technologies seront nécessaires pour gérer l’utilisation des ressources dont nous disposons sur notre planète. En juin 2015, le pape François s’appuyant sur des études scientifiques nous a alertés sur les conséquences du réchauffement climatique. Dans son encyclique « Laudato Si », et dépassant le cadre purement théologique, il s’est adressé à tous les peuples de la terre, pour tirer un signal d’alarme et nous sensibiliser sur les dangers qui menacent l’humanité Il avait mis en avant non seulement la question du réchauffement climatique mais aussi le problème posé par la diminution des ressources disponibles pour assurer la vie des hommes. La COP 21 qui s’est tenue à Paris il y a trois mois a fourni un cadre politique à l’échelle de la planète pour amorcer un changement de cap. Il est donc temps d’engager une révolution profonde, c’est-à-dire des changements dans notre mode de vie et nos pratiques: transport, alimentation, loisirs, habitat, etc. Mais de quoi s’agit-il au juste ? Concernant le réchauffement climatique, les scientifiques ont montré que l’activité humaine n’a cessé depuis le début de la révolution industrielle d’avoir un impact sur notre environnement en réchauffant l’atmosphère et les océans. Une conséquence de ce réchauffement pourrait se traduire par une augmentation du nombre des phénomènes extrêmes (ouragans, tornades, inondations, etc.) liés à l’augmentation de la consommation des ressources naturelles et particulièrement des énergies fossiles. Ensuite, si nous examinons de façon globale les besoins de l’humanité pour survivre tout en maintenant un degré de croissance et une augmentation démographique, cela nous conduit à des impasses ou tout au moins à des situations de crise qui seront de plus en plus difficiles à gérer. Quelques chiffres pour s’en convaincre : - D’après un rapport de l’ONU (www.unfpa.org) entre 1950 et 2000, en moyenne et dans le monde entier, les surfaces arables disponibles sont passées de 0,54 à 0,24 hectares par individu. Avec 9 milliards d’individus sur terre elles passeront à 0,18 hectares par individu. Sachant qu’en Europe, compte tenu de notre niveau de vie plus élevé, on l’évalue à 3,5 hectares et aux Etats-Unis à 5.
- 1000m3 est la quantité à la limite de la pénurie hydrique par individu. L’ONU estime qu’en 2050 c’est 42% de la population mondiale qui sera en situation chronique de pénurie hydrique.
- concernant les réserves mondiales en énergies fossiles ou en ressources minières, de nombreuses études démontrent que là aussi nous allons vers des pénuries. Par exemple certains métaux rares indispensables aux nouvelles technologies n’existent qu’en quantités limitées.
Alors que faut-il faire ? Il appartient aux politiques de prendre les mesures nécessaires pour ralentir cette dégradation. Mais il appartient à ceux qui maitrisent les outils technologiques d’aider ces dirigeants à faire les bons choix. Au cours de leur carrière professionnelle les élèves de l’ISEP accèderont à des fonctions qui leur permettront d’influencer les choix technologiques qui auront des conséquences sur le devenir de l’homme sur la planète. Alors le moment est venu de s’organiser pour que ces futurs ingénieurs aient une réelle et solide conscience des enjeux qui les attendent. Pour cela il faut qu’au cours de leur passage à l’ISEP les élèves aient la possibilité d’échanger avec ceux (anciens élèves, experts, dirigeants) qui ont l’expérience et la connaissance dans les domaines de l’environnement et des énergies renouvelables, etc. Et que ces échanges leur permettent d’approfondir leurs connaissances. Car si nous disposons de l’information avec les outils de la communication l’accès à la connaissance représente une autre étape qui demande réflexion approfondie, échange avec les autres, et modélisations complexes. Cela demande à la fois un effort d’analyse et de synthèse pour comprendre comment les phénomènes sont reliés les uns aux autres. Alors tous ensemble, conscients des enjeux que nous devons affronter, nous nous attacherons à approfondir les axes d’actions qui sont liés aux technologies enseignées à l’ISEP et tenterons de dégager ce qui peut être entrepris. Par là nous contribuerons à la renommée de l’ISEP et au développement de cet axe d’excellence dans sa réputation, notamment en débouchant sur des thèmes d’études ou de projets concrets et, pourquoi pas, sur des start-up. Alors, si vous en êtes d’accord, créons un groupe de débat/réflexion et tentons de le mettre en place en septembre prochain sous l’égide d’ISEP Alumni. Ceux qui sont intéressés pour y participer peuvent déjà se faire connaitre en prenant contact avec Fatima Quatabou ( fati.quatabou@gmail.com ) Et pour conclure je ne peux que partager ce sentiment exprimé par l’acteur américain Léonardo DiCaprio à l’occasion de la cérémonie de remise des Oscars à Los Angeles le 28 février 2016 : « Le réchauffement climatique est quelque chose de réel, qui arrive maintenant. C’est la plus grande menace à laquelle notre espèce doit faire face, et nous devons travailler ensemble et cesser de procrastiner. Nous devons apporter notre soutien aux leaders du monde entier qui ne parlent pas au nom des gros pollueurs, mais au nom de l’humanité toute entière, pour les peuples indigènes de ce monde, pour les millions et millions de populations déshéritées qui sont les plus affectées par tout cela.” Louis Laidet (ISEP 1963) | |